A comme...Amour, mais pas seulement

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A comme Adorable

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Aujourd'hui, c'est Noël, et je pointe le bout de mon nez dans ce foyer ouvrier de banlieue.

Inconsciente de ce qui m'attend à l'extérieur, je suis tellement pressée de sortir que  je n'ai pas attendu la sage-femme qui doit délivrer maman.

Quand celle-ci arrive, essoufflée et échevelée, je tapote de mes petits pieds grassouillets les fesses de maman.

Adorable ...

Autour de maman, toute une cour de bonnes fées m'admire : la fée-mémé, la fée-marraine et la fée-ange.

La fée-mémé, malgré sa réputation de "dure à cuire" a la larme à l'oeil. Une petite fille ! Elle en rêvait... Bien sûr, mon frère de 12 ans occupait son coeur  jusqu'à présent,  mais désormais, nous serons deux  à le partager.
Deux aussi à partager les claques de maman. C'est tout du moins ce que mon frère le marmonne entre ses dents. Mais moi, je ne le sais pas encore...

La fée-marraine a été chargée de choisir mon prénom car mes parents n'ont rien décidé.  Elle sait qu'elle doit le faire avec soin car il m'accompagnera toute ma vie.

La fée-ange n'a jamais connu les joies de l'enfantement. Elle vient d'avoir cinquante ans et cette première naissance l'émeut tant qu'elle ne peut contenir ses larmes.

Maman, même si elle reconnait que je suis arrivée tout en douceur, n'est vraiment pas ravie.
Il faut dire qu'elle ne me désirait pas. Pire, elle envisageait de quitter papa alors même qu'il était encore prisonnier en Allemagne.

Mais à son retour, il est encore plus amoureux de maman. Toutes ces années d'abstinence n'ont fait que renforcer l'ardeur de ses sentiments

Maman était pourtant sure d'être protégée par cette toute nouvelle contraception : la "méthode Ogino", soit-disant infaillible.

Tu parles !  Elle se retrouvait enceinte et pas trop encline à refaire appel à une "faiseuse d'anges".  Alors que papa venait d'être mobilisé, elle s'était faite avorter de jumeaux et avait bien failli y laisser sa vie.

Elle avait tout de même essayé tout un tas de remèdes de bonne-femme. Elle sautait aussi tous les matins du haut de sa table de cuisine, espérant ainsi que je finirais par me décrocher.
Mais je devais trouver le logement agréable et n'avais aucune envie de quitter mon nid.

Maman, amère, a
ccusait Papa de son absence, comme s'il était maitre de cette foutue guerre !

Elle avait décidé de le quitter car elle disait ne pas l'a
imer et elle rêvait d'autonomie.
Comment pensait-elle être autonome avec un enfant de douze ans à charge ? D'autant que le seul emploi qu'elle n'ait jamais eu était "bonne à tout faire" et qu'il n'était plus question pour elle de servir à nouveau les "autres".

Ma naissance compromet donc ses plans. Je deviens vite le boulet qui la garde prisonnière d'une vie qu'elle ne veut plus...

Pourtant, inconsciemment, je tente de me faire oublier en étant sage, rieuse et facile à vivre.

Mais rien n'y fait. Le courant ne passe pas.
Elle m'allaite, s'occupe de moi au quotidien... Je ne manque de rien... sauf d'amour. Elle ne peut pas. Je reflète son échec...
Elle n'a plus d'avenir... Je l'empêche de vivre...





Posté le 03/05/2008 | 16 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

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